|
L'Association
Le Sicdom
csdu
Dire non
DOUTES
ancienne décharge
destruction?
Poubelle AOC
Page d'accueil
Dernière mise à jour le : 15 octobre 2005 21h50
|
|
NUISANCES ET RISQUES OBJECTIFS ASSOCIES A L'IMPLANTATION ET A L'EXPLOITATION DES CET DIT DE CLASSE 2
Page 2/4 : Les risques 1ère partie
Les risques
- Maladies bactériologiques et virologiques introduites par les prédateurs: les colonies d'oiseaux, en particulier de mouettes et goélands, sont avantagés
par leur accès aérien et journalier à la surface de la décharge (le "front des
déchets"), autrement recouverte de terre chaque semaine (en principe, mais pas
toujours).
Leur nombre varie selon les cycles de reproduction et d'élevage des jeunes; pour
un CET au Canada, on comptera 3.000 à 6.000 couples d'oiseaux simultanément présents
à toute heure de la journée sur le site, pour une colonie variant entre 50.000 et 100.000
individus. A ce jour, toutes les diverses mesures (dites "techniques d'effarouchement")
prises contre ces colonies d'oiseaux sont restées sans succès: mise en place de fils ou
filets, stérilisation des oeufs, abattage périodique sur site, pyrotechnie, tirs de canon au
propane, introduction de faucons et buses (pauvres prédateurs rapidement "désabusés" par
la tâche!).Les bactéries véhiculées par les oiseaux sont du type Listeria, Salmonella,
Campylobacter ou Yersinia. De telles bactéries provoquent des pathologies sur l'animal
(avortements chez les ovins et bovins) et sur l'homme (diarrhées aiguës, céphalées,
crampes abdominales, nausées, syndrome de Guillain-Barré et septicémies) avec un risque
sensiblement plus élevé chez les jeunes enfants. Les rongeurs de décharge (en
particulier les colonies de rats) sont porteurs de maladies bactériennes
transmissibles à l'homme (zoonose). Parmi elles existe la redoutable
leptospirose. Les symptômes associent fièvre, frissons, douleurs
musculaires et céphalées. Les signes évoluent en quelques jours avec
atteintes viscérales, jaunisse, insuffisance rénale et même méningite
hémorragique. Il faut être vacciné contre elle, car l'antibiothérapie, sauf très
précocement appliquée, reste sans cure.
Retour au sommaire
- Production et récupération des lixiviats: les lixiviats ou "jus de percolation" (ou encore appelés "lessivats", et en anglais leachate ou garbage juice) résultent
du passage des eaux de pluie (dites savamment "météoriques") à travers les
déchets, et le drainage comme la formation de différents composés toxiques qui en
résulte.
Il faut se représenter un cocktail infâme à l'aspect noirâtre constitué de bactéries
en tout genres, d'hydrocarbures, de substances chimiques corrosives (sulfates, chlorures,
nitrates, et acides apparentés), et de métaux lourds (plomb, cadmium, mercure, nickel). Les
lixiviats transportent également, sous forme dissoute et donc concentrée, les dangereux
composants des biogaz (voir ci-dessous). On estime à 20% la fraction de lixiviats produite
par un tonnage annuel de déchets donné*. Soit pour 100.000T/an une
production annuelle de lixiviats de 20.000 tonnes, soit près de 385 tonnes par semaine, ou
77 tonnes de lixiviats à récupérer par jour ouvrable (!). Il s'agit bien entendu de chiffres moyens, c'est à dire qu'ils peuvent plus que doubler en saison pluvieuse ou sous l'effet prolongé de précipitations exceptionnelles.
Une solution semble-t-il très "tendance" au problème (et au coût) du traitement des lixiviats
serait "bio-réacteur technique", où les lixiviats sont directement ré-injectés dans la masse
des déchets afin d'accélérer leur décomposition. Voir plus bas ce qu'il faut penser de cette
prétendue solution d'avant-garde.
(* basé sur une pluviométrie moyenne 700mm/an, le chiffre officiel étant de 1.750T/an/ha, soit pour 10ha une production de lixiviats de 17.500T/an; la pluviométrie du Pays d'auge étant estimée à 10% de plus que la moyenne du Calvados, il faut compter 850mm/an sur Meulles. La production ainsi corrigée serait de 20.125T/an, ce qui est très voisin des 20.000T/an de notre calcul).
Retour au sommaire
- Eaux de ruissellement: les eaux de ruissellement en surface sont récupérées par des
tranchées latérales. Les eaux propres, qui constituent une minorité, sont celles qui n'ont pas
été en contact avec les déchets. Les autres sont contaminées en proportion directe de la
longueur de leur trajet et de leur temps de contact, tous deux maximum dans le cas où les
déchets forment un monticule (dôme); ces eaux polluées constituent une deuxième
catégorie de lixiviats.
Retour au sommaire
- Pollution de la nappe phréatique: celle-ci est causée par ruptures, perforations accidentelles
et attaques chimiques de la bâche de protection sous-jacente, et donc sa mise en contact à
terme avec les lixiviats. Cette bâche, malhabilement baptisée par contresens
"géo-membrane" (les vraies membranes respirent!), est plutôt supposée
garantir une imperméabilité absolue avec le sous-sol. Elle est réalisée
préférentiellement dans un matériau tel que le PEHD (polyéthylène haute
densité) qui résisterait à toutes les attaques chimiques et mécaniques, contrairement
aux PVC (polychlorure de vinyle) et EPDM (éthylène-propylène diène monomère) et autres
substituts tels que polyéthylènes chlorés ou chlorosulfurés que l'exploitant pourra préférer
pour des impératifs de coût ou de disponibilité immédiate (sans que personne n'y trouve à
redire!).
Le PEHD n'est aucunement un matériau d'avant-garde: il est utilisé à cet effet depuis plus
de 20 ans aux Etats-Unis, en épaisseur standard de 2.54mm (1/10 de pouce). Malgré son
apparence de "linoléum" et sa forte résistance à un grand nombre d'attaques chimiques, le
PEHD est pourtant fragilisé par une minorité de produits présents dans les lixiviats:
hydrocarbones aromatiques (benzène) ou halogénés (tri- ou -tetrachloroéthylène,
tetrachlorure de carbone), toluènes (méthylbenzène), xylènes et naphtalènes. Le plus
étonnant est encore à venir: le PEHD est lentement fragilisé par une exposition prolongée à
différents types de résidus d'ordures ménagères, dont on peut citer: corps gras (lard,
margarine), vinaigres et alcools (fonds de bouteilles et fontaines à vins..), détergents
(lessives, détachants..), mousses à raser, soins des cheveux (crèmes et teintures),
shampooings, soins du corps, vernis à ongles, cirages, chiffons et résidus de nettoyage ou
de bricolage (térébenthine, acétone, essence, solvants, peintures..), etc... Et c'est le
fabricant-concepteur qui le dit! A court ou moyen terme, ces différents types d'ordures
ménagères ramollissent ou bien rendent cassant le PEHD. Sous la pression des multiples
contraintes mécaniques (voir plus bas) ces deux types d'attaques chimiques affaiblissent la
résistance de la bâche, causant immanquablement déchirures ou fractures, malgré son
épaisseur rassurante de quelques 2mm. Pourquoi une telle fragilité du matériau? Parce que
les polymères (tels que le PEHD) sont des composés synthétiques naturellement instables
à long terme, et surtout vulnérables à des attaques chimiques spécifiques, brisant certains
points faibles des chaînes moléculaires.
On note également la difficulté de manipulation des bâches en PEHD: défauts de
fabrication, transport, stockage et nécessité de souder les morceaux ("lés") entre eux de
façon imperméable et durable avec différentes colles. Le PEHD est connu pour sa
sensibilité à la température, créant des tensions résiduelles sur les collages, généralement
réalisés par temps chaud, qui peuvent donc se rompre par temps froid. Un nombre typique
de 25 défauts par hectare est avéré, correspondant pour le projet de Meulles (10 ha) à
près de 250 défauts potentiels. Chacun de ces défauts représente autant de points de fuite
pour les lixiviats que d'amorces pour des déchirures encore plus conséquentes. Une bâche
parfaitement posée sur un terrain plat idéal (!) aurait, selon le constructeur, un taux de fuite
de 10 litres/ha/jour (soit pour le projet de Meulles sur 10ha, 100 l/j, ou 36.500 l/an, ou environ
36,5m3/an). Des études réalisées aux Etats-Unis révèlent que sur le terrain, et sous l'effet des
autres agressions mécaniques et chimiques, les meilleures bâches laissent fuir les lixiviats
à un taux très supérieur de 200 litres/ha/jour (ce qui serait l'effet d'un trou de 2mm de
diamètre sous une hauteur de liquide de 3cm). Pour le projet de Meulles (10ha), ce
chiffre correspond à 2.000 litres/jour, représentant
730.000 l/an (un peu plus de 730 m3/an) de lixiviats passant chaque année sous ladite
"géomembrane" et continuant leur course paisible et silencieuse vers la nappe phréatique
après s'être frayé un chemin à travers la couche d'argile sous-jacente (voir deux
paragraphes plus bas).
Comme dans la science des CET les malheurs n'arrivent jamais seuls, un autre phénomène
parasite et aggravant vient s'ajouter: le colmatage de la couche drainante par l'action
des bactéries. Les lixiviats sont en effet récupérés au fond du site par un réseau de drains
passant à travers cette couche formée de sable et de graviers. En fonctionnement normal,
la couche drainante ne permet aux lixiviats d'atteindre une hauteur de 5cm en fond de
casier, correspondant au chiffre précédent de 10 litres/ha/jour pour les fuites (la norme
maximale autorisée pour la hauteur des lixiviats étant 30cm). Mais ces vilaines
bactéries produisent sur les granulats un certain nombre de dépôts de nature colmatante.
Ces dépôts sont formés à 30% de matériaux organiques ("biofilm") et pour le
reste de composés minéraux (précipités de sulfures de fer, et carbonates de
fer/manganèse/calcium). Il en résulte un colmatage graduel qui à rend progressivement
imperméable la couche drainante. Le résultat est une élévation de la hauteur des lixiviats.
Pour une élévation d'un facteur dix (e.g. 50cm), le taux de fuite est multiplié
approximativement par huit (soit 80 litres/ha/jour). Les chiffres catastrophiques mentionnés
au paragraphe précédent doivent donc être revus à la hausse.. Que pour la couche
drainante on choisisse le gravier, moins susceptible que le sable de l'effet du colmatage
bactérien, ne change rien à l'affaire. Comme le sable, mais trois fois plus lentement, il aura
perdu sa porosité à 70% au bout de 5 ans ! Alors les lixiviats, insuffisamment drainés et
retenus en excès dans la masse de déchets, s'enrichissent en toxiques, ralentissent la
bio-dégradation, fuient davantage dans le sous-sol, et de plus.. exercent une pression
hydraulique supplémentaire sur la bâche. Son vieillissement mécanique comme chimique
s'en trouve accéléré, et un chiffre de 200 litres/ha/jour fait maintenant partie du
vraisemblable, encore que sans doute sous-estimé pour le long terme.
Aux risques objectifs décrits ci-dessus s'ajoutent les déchirures de la bâche occasionnées
mécaniquement par l'effet de cisaillement, poinçonnement ou percement par déchets
tranchants, la possibilité d'éclatement sous la pression locale ou les gradients de force à
plus grande échelle dus à la gravité (effet de pente), aux différences de densité), aux
tassements naturels mais hétérogènes des masses en décomposition (il s'agit ici de
tonnes!) ou mécaniquement induits à partir de la surface par le passage des camions ou
des bulldozers (compactage des déchets), ou simplement lors de la mise en place. Dans les
connaissances actuelles, il n'existe aucun moyen de vérifier l'état d'une bâche, aussitôt que
les matériaux commencent à être déversés. A noter la possibilité de déclenchement
spontanés de feux en profondeur (on cite une probabilité de deux incendies par ans), ayant
pour effet de fondre et percer la bâche. Il y a les petits trous multiples créés par les
rongeurs et leur réseau de galeries, quelquefois assez profondément... Les bâches
plastiques sont également très sensibles aux rayons ultraviolets (UV) du soleil, ce qui oblige
à les recouvrir au tout début de l'exploitation. Puisque l'on ne peut rien savoir sur l'état de la
bâche, autant dire que tout problème potentiel est définitivement réglé ou prétendu
inexistant!
Compte-tenu de cette lourde problématique, la pratique est de disposer en-dessous de
ladite "géomembrane" (pas si imperméable, comme on vient de le voir) un couche de
matériaux argileux dans une tentative de mieux protéger le sous-sol et ses nappes
phréatiques. Par définition, un matériau argileux doit comprendre au moins 40% d'argile
dans un sens granulométrique, matériau qui en phase hydratée impose ses propriétés à
l'ensemble. Les loess et les limons dit "argileux", souvent utilisés comme substituts, ne
correspondent en rien à une telle définition, même après compactage. Les matériaux à
base de minéraux naturels dits "bentonite" offrent des propriétés très similaires aux argiles.
Mais les argiles, naturelles comme synthétiques, ne sont pas nécessairement étanches.
Sous l'effet de leur propre compactage, des cycles de gel et dégel, le développement d'un
réseau de microfissures (aussi petites que 0.1mm ou 100µm), ou de la simple
déshydratation, leur texture peut présenter des propriétés contraires à l'effet voulu, c'est à
dire hautement perméables. En particulier, lorsqu'elles sont mises en contact avec les
acides contenus dans les lixiviats, et sous l'effet de la chaleur de fermentation (30°C), les
argiles ou bentonites se décomposent par solubilisation (lyse) de leur constituants en
aluminium et en silice, leur ôtant toutes leurs propriétés initiales de haute étanchéité. L'effet
de la chaleur provoque également un phénomène de fissuration à plus grande échelle. Un
autre facteur aggravant est l'irrégularité de l'interface géomembrane/argile. La
géomembrane étant sujette à des effets de dilatation/rétraction thermiques (formation de
"vagues", en particulier lors de la pose et du collage), et de tensions locales sous les
contraintes mécaniques du compactage, son contact avec la sous-couche argileuse (qui est
meuble) est fortement inégal. Cette non-planéité de l'interface géomembrane/argile avec
ses nombreuses poches d'air permet aux lixiviats de fuite de se répandre
davantage sur la sous-couche argileuse, augmentant non seulement leur volume, mais
aussi leur surface de contact. Les phénomènes d'attaque chimique et de percolation des
lixiviats à travers les fissures de la sous-couche s'en trouvent considérablement renforcés.
Puisque les fuites de lixiviats à travers la bâche sont plus que simplement probables, cette
couche argileuse superficielle, faussement qualifiée de "barrière active", n'offre qu'une
protection toute symbolique et certainement pas faite pour durer. Une étude scientifique
réalisée en Belgique montre qu'en considérant seulement les attaques chimiques, la
fameuse "double barrière active" (bâche/argile) est traversée en moins d'un an. Encore une
fois, on ne pourra jamais rien savoir à aucun moment ni sur l'état de la bâche, ni sur l'état
de la couche d'argile, sauf à constater un beau jour le "fait accompli" que les lixiviats ont
enfin rejoint la nappe phréatique.
Aussi efficace qu'il puisse paraître à l'inauguration d'un site, le tapis argileux ne
concerne que la protection du sol situé immédiatement en dessous, et non
celle des versants. Même en tapissant ceux-ci superficiellement, les lois de
la gravité pour un matériau meuble veulent que ceux-ci s'affaissent
progressivement, se scindent physiquement en créant un réseau de fissures,
exposant directement les flans de l'excavation avec les lixiviats à travers la
bâche (assurément perforée/déchirée par les contraintes ou défauts précités
et attaquée chimiquement). Que les lixiviats fuient par dessous ou par les
côtés ne fait strictement aucune différence lorsque le sous-sol est hautement
perméable! Pour éviter ce phénomène inévitable de fuites latérales des
lixiviats, une stratégie alternative consiste à ne pas enfouir les déchets mais
plutôt à les empiler pour former un monticule ou dôme. La base du dôme est
alors entourée d'une "barrière de confinement", à comprendre une ceinture
périphérique de remblais bâchés sur fond d'argile. Les mêmes risques que
décrits ci-dessus s'appliquent au cas du remblai, sauf que la masse des
déchets, et donc les contraintes mécaniques qui en sont à l'origine sont
sensiblement plus importants. Mais hélas le constat ne s'arrête pas là.
Premièrement, la surface des déchets exposée à la pluie est quasiment
doublée par rapport au cas enfoui, ce qui augmente le volume des lixiviats
de ruissellement. Ces lixiviats additionnels sont captés à la périphérie par
des tranchées, avec plus ou moins d'efficacité et des risques de fuites
élevés. Ceci notamment en cas de fortes intempéries (pluviométrie
saisonnière exceptionnelle, forte averse), de saturation des capacités de
pompage ou de panne de celles-ci, ou simplement de saturation
momentanée des capacités de stockage des lixiviats sur site.
Deuxièmement, le rendement de captage des biogaz issus d'un dôme est
très inférieur à celui qu'on peut obtenir dans le cas de déchets enfouis,
doublant les risques liés à leur rejet direct dans l'atmosphère (voir
ci-dessous). La stratégie du dôme introduit également de nouveaux risques:
les accidents constatés dans le monde ont montré que les pentes du dôme
sont naturellement instables, ce qui provoque des effondrements et
glissements de terrain imprévisibles, la barrière de confinement ne contrôlant
alors plus rien. Dans cette description des nouveaux risques introduits par la
stratégie du CET en dôme, on aura aisément oublié ce qu'il advient du fond
du CET. La réponse est simple: les risques de fuite des lixiviats à travers la
double "double barrière active" sont strictement inchangés qualitativement, sauf
qu'ils sont quantitativement plus grands du fait de la masse plus élevée qui
pèse dessus.
Alors pourquoi le CET en dôme (comprendre maintenant Centre
d'Entassement Technique ?), puisque le principe comporte davantage de
risques que le CET enfoui ? Comme toujours dans ces questions, il faut
chercher la réponse dans le facteur de profit. Le dôme est plus avantageux
pour l'exploitant, puisqu'en stockant les déchets en hauteur, (1) il économise
le coût d'excavation et d'évacuation (ou de stockage sur site) des matériaux
du sous-sol, et (2) peut entasser autant de fois plus de déchets que les lois
de la gravité et de la physique du tassement le permettent (tant pis pour
l'impact paysager si on arrive à des hauteurs de 20-50m!).
Conscient de tous ces risques avérés, l'exploitant compte finalement sur
l'imperméabilité naturelle du substrat géologique, la fameuse "barrière
naturelle passive". Il a une confiance mystique et résolument inébranlable
dans l'imperméabilité absolue du sous-sol de tout terrain sélectionné
n'importe où au hasard, surtout là où il aurait la "maîtrise foncière" (propriété
ou bail). Sa compréhension de la géologie du sous-sol est invariablement
rudimentaire, et d'une simplicité lumineuse: le résultat des études d'experts
donne "fond d'argile imperméable sur socle rocheux uniforme". On fera
quelques petits carottages sur le site pour s'assurer qu'il y a ici où la un peu
des deux (et si on n'en trouve pas, ce sera un carottage "raté", sans intérêt
pour la statistique). Il se trouve que le sous sol du plateau de Meulles est formé de matériaux fracturées et inhomogènes: calcaires marneux, marnes, poches d'argiles et sables. Cette propriété en fait une véritable éponge,
d'où l'importance de l'aquifère, par endroits située à seulement 20 mètres de
la surface (il existe une seconde nappe à 80 mètres de profondeur). Cet aspect évident de la géologie locale semble avoir été mystérieusement
"oublié" dans les études préalables au projet de CET, ce qui en dit long sur
les compétences mises en jeu dans ces études, comme sur la transparence
de l'information résultante. L'important est de faire avaler aux autorités
décisionnelles que la barrière passive (soit les 10-20m situés entre le fond
du CET et le haut de la nappe) est imperméable "comme un roc", même si
on sait fort bien que le dit socle rocheux est fracturé de partout et constitué
de matériaux inhomogènes, formant un réseau de failles de nature
exceptionnellement perméable! L'exploitant potentiel étant généralement le
seul à pouvoir répondre à l'appel d'offres des pouvoirs publics, le premier
saura mettre en oeuvre tous les moyens pour convaincre ces derniers que le
petit lopin dont il a la maîtrise foncière se trouve être situé -juste par hasard-
sur un substrat "imperméable comme un roc". C'est ce qu'on pourrait appeler
"l'autre géologie", une discipline para-scientique d'un genre nouveau, qui
n'exige aucune formation ni qualification particulière, sauf l'art du mentir vrai
devant un auditoire confiant et impressionnable.
Un grand nombre d'études menées à l'étranger depuis les dix dernières
années (où il y a plus d'expérience et de tragédies) concluent invariablement
que les protections contre les fuites de lixiviats par bâches plastiques
et sous-couches argileuses sont totalement inadéquates lorsqu'il s'agit
de garantir la sécurité de l'eau et de l'environnement à l'échelle de
plusieurs décennies. Malgré le fameux "état de l'art" atteint en cette
matière, les spécialistes s'accordent à dire que dans les meilleures
conditions, ces protections ne font que retarder de quelques décennies la
mise en contact inéluctable des lixiviats avec les nappes aquifères situées
en-dessous des décharges. A noter que la pollution d'une aquifère par les
lixiviats comporte un caractère quasiment irréversible et irréparable, sauf à
l'échelle géologique. Il vaudrait mieux pour les exploitants et décideurs de
s'inspirer de ces études, au lieu de recommencer l'histoire sur notre territoire
national, à moins que le but avoué soit d'ignorer, en toute connaissance de
cause, les conséquences sur la l'environnement et la Vie, et donc de faire le
choix de nuire à l'humanité par opportunisme et obsession de la
rentabilité et du profit immédiat.
Retour au sommaire
Risques associés aux lixiviats. Des études menées aux EtEtats-Unis ont montré que les
lixiviats provenant des décharges de produits industriels toxiques (e.g. "Love Canal") et les
décharges municipales d'ordures ménagères/assimilées produisent des types de lixiviats
similaires, lesquels relèvent de la même dangerosité en matière de pathologies
cancérigènes, de malformations congénitales et de mutations génétiques. Concernant les
lixiviats de décharges municipales, on recense 32 composés cancérigènes, 13 composés
foetopathogènes, et 22 composés mutagènes. Ce rapprochement surprenant est expliqué
non seulement par la pratique très répandue consistant à se débarrasser de petites
quantités de toxiques inavouables (ou trop chères à traiter selon les processus légaux), en
les dissimulant dans des bennes d'ordures ménagères, mais aussi par la grande variété des
produits de consommation courante, qui contiennent autant de substances chimiquement
réactives (en particulier par décomposition sans oxygène, dite anaérobie, qui produit de
nouvelles chaînes moléculaires toxiques à partir de nombreux produits de consommation
courante).
Retour au sommaire
Le "bio-réacteur technique": de mal en pis ! Afin de pallier au problème de la production des lixiviats et du coût élevé de leur traitement, une idée géniale consiste à les réinjecter directement dans la masse des déchets! L'apport constant d'humidité ainsi réalisé (toutefois après traitement pour en éliminer l'ammoniaque) accélère le processus de fermentation et de biodégradation. Plus encore, cette décomposition accélérée provoque un tassement naturel supplémentaire des déchets, ce qui réduit leur volume et permet d'en rajouter autant par dessus pour augmenter la capacité de l'exploitation. Par ailleurs, le volume des lixiviats est sensiblement diminué, puisque une plus grande fraction de leur eau est consommée par l'excès de bactéries. Un tel traitement "biologique" et "in situ" des lixiviats, si écologique et économique, semble assurément convaincant.
Mais lorsqu'on passe du laboratoire à la pratique sur le terrain, les choses prennent une tournure assez différente. Premièrement, les matériaux fermentescibles concernés par ce processus ne constituent généralement que la moitié de la masse des déchets. L'autre moitié (plastiques, emballages, métaux lourds, détritus de l'industrie classés "banals", boues d'épurations, mâchefers et autres composés inertes, etc.) ne se décomposent que très lentement, quelquefois sur une échelle centenaire voire millénaire. Leur mélange avec les fermentescibles est tout sauf homogène. Il se produit alors un phénomène dit de "dégradation hétérogène" où des zones de dégradation importantes se forment à côté de zones inertes (de dégradation lente), causant des effondrements en volume et en surface. Ces effondrements, tout à fait incontrôlables ou imprévisibles, endommagent voire rendent irrémédiablement inopérants les systèmes de captage des biogaz et des lixiviats.
Mais les mauvaises nouvelles ne s'arrêtent pas là.
Du fait de la décomposition accélérée de la matière organique, la production des biogaz est plus importante qu'un CET classique sur la même période de temps (il faut y voir non une augmentation du volume total des biogaz sur le temps de vie d'un CET, mais une accélération du processus de formation). Comme le rendement de captage des biogaz est très loin d'être idéal (cf. paragraphe ci-dessus), à rendement de captage égal correspond un volume de biogaz s'échappant dans l'atmosphère plus important en valeur absolue, et donc d'une toxicité plus élevée. De plus, leur teneur en méthane est supérieure à celle des biogaz d'un CET classique, ce qui les rend encore plus (spontanément ou accidentellement) inflammables et explosifs. Enfin si on augmente le tonnage du site en proportion du tassement des déchets, le volume total des biogaz généré par le bio-réacteur est bien entendu supérieur à celui d'un CET classique, d'où augmentation de l'effet de serre. Autant pour l'aspect écologique de la solution ! A noter que les notions de "début" et "fin" de l'exploitation n'ont ici plus de sens, puisque c'est le principe d'un "réacteur" de tourner à plein tant qu'on
l'alimente: cela veut finalement dire qu'il y aura toujours plus de biogaz quelque soit le moment considéré (début ou fin), et donc que le bio-réacteur pollue bien davantage en biogaz que le CET classique.
La dernière mauvaise nouvelle concerne la toxicité et le volume des lixiviats. Puisque on permet à ceux-ci de percoler à loisir dans la masse des déchets, leur concentration en métaux lourds, acides et polluants organiques augmente considérablement. Puisqu'ils ne sont pas éliminés du site, leur volume stabilisé, tel qu'il imprègne la masse des déchets comme une gigantesque éponge, est plus grand que celui d'un CET classique. Si le danger de fuite des lixiviats vers la nappe phréatique, à travers la double "protection" (notamment par attaque chimique agressive) est à prendre très au sérieux, alors la pollution en résultant (par rapport au cas d'un CET classique) sera d'autant plus volumineuse, plus grave, et plus difficile à traiter, tout comme ses conséquences épidémiologiques.
Dans le cas favorable où aucune fuite ne serait effectivement "constatée" pendant la durée
d'exploitation du bio-réacteur, ces lixiviats de cru millésimé resteraient perpétuellement confinés dans la masse des déchets à décomposition lente. Les études en laboratoire montrent que leur contact prolongé avec ceux-ci produit à terme des sulfides métalliques de nature stable, du moins tant qu'il n'y a pas contact avec l'oxygène. Que des générations futures décident de dépolluer un bio-réacteur abandonné par ses heureux anciens propriétaires, ces polluants retrouveront tout leur caractère actif, et il faudra bien alors les traiter (merci pour eux). Il faut donc voir dans la solution du "bio-réacteur" (semble-t-il très tendance) une façon de perpétuer le principe de l'enfouissement massif et d'en aggraver aveuglément les risques, avec pour argument de fond une logique de rendement économique poussé à son paroxysme. Nous connaissions déjà la fraude intellectuelle faisant passer les CET (stockage perpétuel, toutes ordures confondues) comme une façon avant-gardiste de "traiter" les déchets, avec ses petits plus valorisants. Avec le bio-réacteur, nous franchissons une étape supplémentaire dans l'illusion-manipulation écolâtre, sur arrière-fond de profit immédiat maximisé, sans avantage aucun, ni prime de risque pour les cobayes humains du présent. Pour nos petits-enfants, cette approche caractérisée par la myopie scientifique la plus exécrable, leur confère implicitement un digne statut de bénévoles dans le futur et incontournable problème de dépollution de ces CET "enrichis" (ou non) que cette génération leur
aura honteusement léguée.
Retour au sommaire
|